La route. On emprunte toujours une route pour aller quelque part. Et elle mène toujours autre part. Même une impasse vous conduira en son sein, peut-être chez des amis, ou dans un endroit agréable que vous aurez choisi de rejoindre. La route vous permet cela, elle dessert le territoire, tout le territoire. Comme un réseau sanguin constitué de ses routes-veines, autoroutes-artères, ou ruelles-capillaires. Mais personne ne s’arrête sur une route, ça n’a pas de sens, puisqu’il faut justement choisir dans quel sens on la parcourt et qu’on la prend pour aller quelque part. Celui qui fait ce choix doit sortir pour rester sur le côté et ne pas perturber le flot, réduire le débit vital. Alors on devient un spectateur inerte et invisible pour ceux qui vivent leur trajet quotidien.
Lorsque John arriva à l’aube de ses quarante ans, il fit le choix de se ranger sur le bas côté. Il n’y a pas de métaphore cette fois. Il relâcha l’accélérateur et dirigea simplement sa voiture le long de la voie puis s’arrêta complément dans l’herbe. Il coupa le moteur mais laissa les phares allumés. Il ouvrit sa portière et fit un pas de côté. En fait ce choix n’en était pas vraiment un, puisqu’il venait de heurter quelque chose. Et à l’évidence la carrosserie en avait pris un coup vu le vacarme que cela avait produit. Peut-être que c’était une pierre ou un oiseau, il faut dire qu’on ne voyait pas grand-chose sur cette départementale tortueuse, par une nuit sans lune qui plus est. Il longea la voiture en faisant glisser la main sur le beau rouge métallique à la recherche de l’impact. Rien. Il aurait pourtant juré avoir ressenti un choc. Il se rassit dans la voiture, prêt à démarrer puis se ravisa. Peut-être que cet arrêt imprévu était un signe de l’Univers ? Il éteignit les phares. La nuit était chaude en ce beau soir d’été. On sentait une très légère brise agiter la cime des arbres, sans pour autant les voir. Le silence était enveloppant. Il s’assit sur le capot, dos à la route et commença à regarder les étoiles qui scintillaient. Il laissa voguer ses pensées qui peu à peu le conduisirent le long de son chemin de vie. Après tout il avait pris machinalement la voiture et roulé à l’instinct, pour être seul avec ses pensées.
À très bientôt quarante ans donc, John était quelqu’un qu’on pourrait qualifier de normal. Sa vie n’avait jamais connu de moment d’exaltation intense, ni de période de profonde désillusion. Il était toujours d’humeur égale. Les choix qu’il avait faits s’étaient le plus souvent limités à saisir les opportunités qui s’étaient présentées. Il n’avait pas de plan. Comme il n’attendait rien, il se contentait de peu et ne regrettait pas ses décisions. Il était marié, heureux, avait deux enfants qui grandissaient normalement dans une jolie maison. Sans réelle passion dévorante il était curieux de tout. Il avait monté les échelons dans son entreprise à un rythme raisonnable. Il n’était ni particulièrement beau ni franchement laid, faisait preuve d’une sensibilité dans la moyenne. En fait, en faisant ce bilan intérieurement, il commença à se demander si ce n’était pas anormal d’être aussi normal. Le monde foisonnait de cas particuliers, de maladies rares, de petits génies, d’intolérants au gluten. C’était comme si chaque individu avait quelque chose qui lui était propre et qui le définissait aux yeux des autres. Pourquoi pas lui ?
Cette pensée commençait à le déprimer sérieusement. Alors il se décida à reprendre le cours de sa vie, en commençant par repartir de cet endroit, si bucolique fut-il. John s’installa au volant et tourna la clef de contact. De manière étrangement anormale pour une fois rien ne se passa. Pas même un soubresaut des aiguilles du tableau de bord ou un léger clignement des phares. Et la radio resta aussi muette que le moteur. Un nouveau tour de clef n’y changea rien et John dut se rendre à l’évidence : la voiture ne démarrerait plus ce soir. Dans la panoplie de ses pouvoirs normaux il n’y avait évidemment pas le moindre talent en mécanique ou électronique automobile. Il se décida quand même à ouvrir le capot, mais à part la batterie qu’il réussit quand même à reconnaître, il ne vit rien qui aurait pu lui donner un indice sur la panne. Il referma le capot, et retourna à l’intérieur. Il n’y avait rien dans l’habitacle qui puisse lui servir, et il n’y avait pas vraiment de réseau téléphonique. En deux mots : il allait devoir compter uniquement sur lui-même. Il n’avait pas bien fait attention à la direction dans laquelle il roulait mais ce qui était sûr, c’était que cette route devait bien mener quelque part. Droite ou gauche ? Il ne se souvenait pas avoir traversé d’agglomération ou vu de maison depuis plusieurs kilomètres. Ce serait plus sage de prendre à droite dans ce cas, et de poursuivre la route sur laquelle il s’était aventuré. C’est bien démuni mais le cœur léger qu’il verrouilla la portière et s’engagea sur le bas côté en direction de l’aventure.
L’aventure ne dura que quelques mètres puisque sans aucune lumière et sans aucun talent d’orientation, John finit par mettre le pied dans un nid de poule, se tordre la cheville, et tomber en roulé-boulé dans le fossé ou son crâne heurtât violemment une pierre. La fulgurance de la douleur et de l’impact le firent sombrer.
John se réveilla après un temps indéterminé. La douleur lui vrillait les tempes. Il tâta son front et ses doigts éprouvèrent une sensation à la fois poisseuse et partiellement rugueuse : du sang qui commençait à coaguler. En palpant avec délicatesse son cuir chevelu, il remonta à la source de sa douleur. Une large entaille légèrement boursouflée barrait le sommet de son crâne. À cet endroit il ressentait les battements de son cœur sous ses doigts, comme si tous ses vaisseaux sanguins affluaient au même point ou si un hématome les compressait de sorte que chaque pulsation provoquait une mini onde de choc qui se répandait dans toute sa boite crânienne. Il resta un moment à retrouver ses esprits et faire un premier bilan de son état. À part les conséquences sanguinolentes qu’il avait palpées, et qui semblaient plus impressionnantes que graves, il ne semblait pas souffrir d’autre plaie ou bosse. Il avait retrouvé sa mémoire à court terme et avait réussi à reconstituer tout son emploi du temps jusqu’à la chute. Il savait comment il s’appelait, où il habitait et en quel mois de quelle année on était. Donc a priori ses facultés mentales étaient intactes. Par contre, la nuit noire n’aidait pas, mais il ne parvenait pas à s’accoutumer à la pénombre, et ne distinguait absolument rien. Pas même une petite lueur, pas mêmes les étoiles qu’il avait admirées plus tôt. C’est cela qui le préoccupait le plus. Il semblait bien qu’il y avait quelque chose qui clochait avec ses yeux. Machinalement il les palpa et les frotta, mais ils semblaient en place, bien qu’un peu empoissés de sang. Alors il commença à paniquer et ne put contenir un cri qui se perdit dans le vide.
Roulé en boule dans le fossé, il passa quelques minutes à hyperventiler en se répétant en boucle qu’il avait perdu la vue pour le reste de sa vie. Son corps était secoué de soubresauts. Puis, peu à peu, son souffle se calma. Il se concentra sur le son que faisait chaque inspiration et chaque expiration. Le flux et le reflux. Le rythme se faisait plus régulier, plus rassurant. À chaque fois que son esprit s’égarait vers autre chose que sa respiration, il le recentrait. Il put enfin retrouver la maitrise de son corps. Ses muscles se relâchèrent. Il ressentait à présent la douceur de son pantalon sous ses doigts, les coutures, les légères aspérités dues aux bouloches. La mélodie du vent dans ses oreilles créait une douce musique par-dessus la rythmique de son propre souffle. Les bruissements de feuilles dans les arbres s’y ajoutaient, comme autant de chœurs. L’odeur d’un champ de colza mûr tout proche se mêlait à celle de l’asphalte de la route qui avait été surchauffée par le soleil toute la journée. Et à celle du sang. Le sang qui avait un gout métallique. Mais en provenance de ses yeux, rien ne parvenait à son esprit. A tâtons, les autres sens en éveil, il prit connaissance de son environnement. Il était bien dans un fossé en bordure immédiate de la route. Par chance il n’avait pas plu depuis plusieurs semaines, la terre était sèche et friable, donc il devait être dans un état presque présentable, si l’on faisait abstraction de sa blessure. L’oreille aux aguets, il ne détectait pas de vie aux alentours. Pas de voitures certes, mais surtout, et heureusement, pas de créature de la nuit. Sans basculer dans le mauvais conte, il imaginait mal un affrontement avec un loup ou un renard, même si ceux-ci seraient probablement plus effrayés que lui. Pas après pas, avec un luxe de précaution, il remonta la pente et posa finalement la main puis le pied sur la route.
À l’exception de la légère brise qui agitait les feuilles les plus hautes des arbres, la campagne était silencieuse. Comme il n’y voyait goutte, John avait un peu de mal à garder l’équilibre, d’autant que la douleur lancinante ne quittait pas son crâne. Avec une forte appréhension il se décida à faire un pas. Si la situation n’était pas si dramatique, il aurait probablement ri de sa propre allusion au premier pas de Neil Armstrong sur la Lune. Pas peu fier de cette petite réussite, il enchaina immédiatement sur un second puis un troisième pas. Il prit de l’assurance et poursuivit sur quelques mètres. Il s’habituait progressivement au son de ses chaussures sur le bitume, et se rendit compte qu’il ne les avait jamais vraiment écoutées. Il y avait d’abord un léger couinement, surtout de la chaussure gauche, lorsque le talon décollait du sol et pliait le pied. Probablement deux pièces de cuir qui frottaient l’une sur l’autre. Puis le glissement de la semelle sur la route provoquait un chuintement étouffé, et à ce moment les extrémités rigides des lacets retombaient sur le dessus de sa chaussure en un petit impact, comme une goutte d’eau qui tomberait sur une bâche. Il ressentait même une très sensible onde de choc à ce moment-là qui se propageait dans ses os jusqu’au genou. Par moment il posait le pied un peu plus fort, parfois volontairement, parfois au gré des bosses de la route, et écoutait l’écho que cela produisait. Il avait presque l’impression de visualiser la route grâce à ce radar improvisé. Il devait bien avoir parcouru une cinquantaine de mètres, mais peut être étaient-ce seulement dix ou plutôt cent. Difficile à dire. À ce moment son sang se glaça. Que se passerait-il si une voiture arrivait à ce moment-là ? Idéalement le conducteur le verrait et s’arrêterait pour lui porter secours. Mais en rase campagne, personne ne s’attendrait à voir un individu couvert de sang errer au milieu de la route avec les bras en avant comme un zombie. Donc la probabilité qu’il se fasse renverser – peut-être même volontairement s’il avait affaire à un amateur de films de série Z – lui semblait finalement plus importante que celle d’être sauvé. John devait retrouver le bord de la route, qui serait certainement plus sûr.
Il se mit à quatre pattes pour toucher le sol et avoir une meilleure vue de la situation. A force de palper les aspérités du bitume, il finit par toucher une légère surépaisseur. Ça devait être le marquage au sol. Il tâcha d’en dessiner mentalement le contour pour savoir de quelle forme il s’agissait et peut-être ainsi déterminer sa position sur la route. Le marquage formait une sorte d’éclair, typique des petites routes de campagne. La bonne nouvelle c’était donc qu’il savait où il se situait, la mauvaise c’était qu’il était quasi allongé en plein milieu de la route. Et comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, il entendait maintenant nettement le bruit d’un moteur se rapprocher dans la direction vers laquelle il se dirigeait.
La panique s’empara de John. Il se redressa comme un ressort propulsé par l’adrénaline. Il avait repéré la forme du marquage et devait donc se diriger au plus vite dans l’axe perpendiculaire à l’éclair pour rejoindre le bas-côté. Mais pas trop vite non plus au risque de se retrouver à nouveau dans le fossé. Une voie de route de campagne classique devait bien faire deux ou trois mètres de large, soit cinq à six petits pas. S’il se dépêchait il aurait rejoint le bord en quelques secondes à peine. Le bruit du moteur augmentait. Et au son aigu il se doutait qu’il devait s’agir d’une voiture mais qu’elle ne respectait pas la limitation de vitesse en vigueur. John commença donc à avancer avec détermination dans la direction qu’il lui semblait être la plus sûre. Il agitait les bras en l’air pour se signaler, en espérant que le conducteur le verrait à temps. Un pas, deux pas, le bolide se rapprochait. Trois pas, quatre pas, le moteur ne ralentissait toujours pas. Cinq pas, six pas, John se rendit compte qu’il transpirait à grosses gouttes et qu’il s’était mis à crier comme un dément. Finalement il mit le pied sur la terre du bas-côté. Il s’était remis à hyperventiler. Qui de normalement constitué vivrait une aventure aussi intense sur le bord d’une route ? La normalité excessive de John prenait fin ce soir.
Le vacarme du moteur était maintenant à quelques mètres, puis passa derrière lui sans faiblir. Il y eut tout de même un crissement de pneus un instant plus tard et un net décalage du son vers les graves. Il percevait maintenant le son du ralenti moteur. La voiture s’était arrêtée. Un craquement de la boîte de vitesse précéda le son caractéristique des engrenages en marche arrière. John resta là, les bras en l’air, en appelant à l’aide.
« Ça va monsieur ? fit une voix masculine
— Je… je ne sais pas trop, répondit John sur un ton bien plus aigu qu’il n’aurait voulu.
— Vous voulez qu’on vous dépose quelque part ? demanda une seconde voix, féminine cette fois.
— Je crois que j’ai besoin d’un médecin, reprit John en se tournant dans la direction des voix. Il y eut un cri.
— Mais vous êtes couvert de sang ! Qu’est-ce qu’il vous est arrivé ?
— Ma voiture est en panne, j’ai marché le long de la route, mais je suis tombé. Et je ne vois plus rien, je ne sais pas trop pourquoi. J’espère que je n’ai pas un œdème ou un caillot dans le cerveau.
— Bougez pas, on va vous emmener. »
La portière s’ouvrit, quelques pas, puis le coffre s’ouvrit également. Mais pourquoi le coffre ? Et si c’étaient des cinglés qui voulaient le découper ? Ils le précipiteraient dans le coffre et le trimballeraient sur des kilomètres avant de le ligoter à un arbre en forêt profonde, puis ils le tortureraient pendant des heures avant de le laisser agoniser.
« Voilà, j’ai mis un plaid sur le siège. Désolé, mais vous êtes vraiment dans un sale état et je ne voudrais pas tacher la banquette. Vous savez le sang c’est tenace. »
John crût qu’il allait se mettre à pleurer. Son cœur battait un rythme digne d’une musique techno bon marché, et ce depuis bien trop longtemps. Des émotions contradictoires se mélangeaient, entre soulagement et désespoir, appréhension d’une fin funeste et gratitude pour ses sauveurs. Il bredouilla un « Merci » avant de se laisser guider, tout tremblant. Il se sentait terriblement fragile. La main délicate de la femme le prit par le bras et le conduisit tranquillement vers la portière arrière, puis sa seconde main se posa délicatement sur la tête de John pour lui indiquer qu’il devait se baisser et s’assoir. Le plaid était rêche mais tellement réconfortant. Machinalement John partit à la recherche de la ceinture et s’attacha. Lorsqu’il entendit le clic de la boucle sécurisée et le claquement de la portière, il sut qu’il pouvait se détendre.
La voiture vrombit lorsque le conducteur démarra. Un joli bruit grave qui indiquait un moteur assez puissant. John saisit la poignée au niveau de sa tête et s’y accrocha en prévision du trajet qui serait certainement mouvementé. La voiture fit demi-tour. Toutes ses émotions refluaient. L’adrénaline qui l’avait maintenu éveillé avait aussi consommé ses réserves. Passé le troisième virage, John sombra d’épuisement.
Lorsqu’il émergea de son sommeil partiellement naturel, partiellement chimique, John était dans une chambre aseptisée, qui ressemblait en tout point à celle d’un hôpital. Il avait un pyjama non tissé à carreaux et plusieurs tuyaux reliés à ses avant-bras. Prenant conscience qu’il pouvait voir, il fut envahi d’un sentiment d’excitation intense et se redressa sur son lit. Tout lui paraissait beau dans cette chambre : le jaune pisseux des murs, la peinture écaillée des encadrements de fenêtres, le lino hors d’âge, et la vue. Quelle vue ! L’animation de la ville en contrebas était un spectacle impressionnant. Alors qu’il bavait littéralement sur les vitres, une aide soignante entra dans la chambre.
« Aaah ! Vous êtes réveillé ! Et vous avez l’air en bonne forme. Par contre je vais vous demander de rester sur le lit, vous avez quand même été opéré cette nuit, vous devez prendre un peu de repos.
— Merci. Merci pour tout, dit-il en s’asseyant sur le lit.
— Vous avez eu de la chance. Vous aviez un bel œdème qui faisait pression sur vos nerfs. Encore un peu et vous restiez aveugle pour de bon. Je vais prévenir le médecin que vous êtes réveillé. Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous en attendant qu’il arrive ?
— J’ai envie de lire. Histoire de vérifier que mes yeux fonctionnent normalement. Est-ce que vous auriez quelque chose comme un livre ou un journal ?
— Oui je vais vous trouver ça. C’est une bonne idée de s’exercer un peu, ça aidera au diagnostic du médecin pour savoir si tout est rentré dans l’ordre.
— Merci encore. »
La femme sortit et revint à peine quelques secondes plus tard avec le journal.
« Tenez, les nouvelles du jour. Vous me ferez un résumé ? dit-elle en riant. Je manque toujours de temps pour lire. Ah ! Et on a prévenu votre femme, elle devrait arriver d’ici une petite heure je pense. »
John s’empara du journal et ne vit même pas l’aide soignante sortir tant il voulait dévorer des paragraphes avec avidité. Il avait l’impression de découvrir la lecture pour la première fois. Chaque mot avait une saveur particulière.
Progressivement il se calma et commença à lire avec un intérêt pour le fond plus que pour la forme. Il avait ouvert le journal en plein milieu pour commencer mais reprit à la première page. Les nouvelles nationales et internationales n’étaient pas vraiment bonnes, comme d’habitude. Les tensions géopolitiques étaient toujours exacerbées, et le gouvernement n’avait de cesse de proposer des mesures impopulaires. En page deux il arrivait aux informations plus locales. Il lut machinalement les articles dans le désordre : l’inauguration de la nouvelle piscine municipale attendue depuis des années, des soupçons de corruption pour l’attribution d’un permis de construire, rien que de plus banal. Quand il tomba sur un article intriguant. Il parlait d’événements survenus la semaine passée, sur une petite route. La photo illustrant l’entrefilet ressemblait trait pour trait à l’endroit où sa voiture avait refusé de démarrer. Il se concentra sur les phrases qui décrivaient l’inquiétude d’enquêteurs de police sur une situation étrange. Il semblait qu’un individu non encore identifié s’amuse à tirer avec une carabine sur les véhicules qui passaient sur cette route. Deux témoins avaient juré avoir ressenti une forte secousse, comme un impact, mais rien n’était visible lorsqu’ils avaient inspecté la calandre. Par contre les garagistes avaient retrouvé des plombs dans les radiateurs suite à un diagnostic de surchauffe. Et deux nuits plus tôt, une voiture était sortie de la route en plein virage pour s’écraser contre un arbre, visiblement suite à une crevaison suspecte. Le conducteur n’avait jamais été retrouvé malgré de grandes quantités de sang trouvées sur place. John se redressa. Il réalisa qu’au bord de cette route, un prédateur rôdait. Quelle que fut sa mésaventure de la nuit précédente, il avait finalement peut-être échappé à un destin funeste, à la merci d’un déséquilibré, qui avait dû prendre un malin plaisir à le voir errer sans but. Cette nuit-là, la route qui menait d’un village à une petite ville avait bien failli se terminer en cul-de-sac pour John.