Il pleut. Le clapotis attire mon regard au dehors. D’abord les gouttes ruissellent paresseusement en décrivant des contours et des détours, comme des serpents entre les rochers. Puis les serpents deviennent rivières et inondent ma vision. À travers ce voile, j’aperçois une feuille se détacher du prunier. Elle est immédiatement poussée vers le potager par une rafale et se prend dans les pieds de tomates desséchés. Le chat du voisin ne dort plus sur le compost, il a fuit son poste d’observation depuis longtemps et chasse maintenant les rongeurs qui confectionnent leurs nids bien à l’abri. Le bruit du vent me donne un frisson, mais la fumée qui s’échappe de la cheminée au loin me réchauffe étrangement. Je peux presque sentir le bois mouillé qui peine à s’enflammer. Les volutes montent avec peine jusqu’aux nuages bas et menaçants. Le vol des oies sauvages au loin finit de m’en persuader : cette fois c’est sûr, l’automne est arrivé.
Dans la maison de mon enfance, il y avait une fenêtre fermée. Pas simplement en attente d’une ouverture, non, toujours et éternellement fermée. La maison était tellement biscornue avec ses demi niveaux, ses escalier pas tout à fait droits, que je ne suis jamais parvenu à deviner sur quoi elle était censée déboucher. Peut-être sur rien. Le maçon de l’époque se sera trompé de consigne, et plutôt que de reprendre son erreur aura décidé de condamner cette bévue. Mais mon esprit sait, au fond de lui, que s’il y a une fenêtre c’est qu’il y a quelque chose derrière. Alors je restais planté des heures devant, à observer, tenter de capter un rai de lumière, un bruit, un souffle, quelque indice. Mais rien. Voyant que je restais si longtemps dans cette pièce, mes parents décidèrent que si je m’y sentais si bien, ça devait devenir ma chambre. Mais je ne m’y sentais pas bien ! Tout au contraire ! Ne pas savoir me laissait imaginer forcément le pire. Un repaire d’araignées, un passage vers une salle remplie de secrets inavouables, ou peut-être même la demeure d’une sorcière. Alors n’y tenant plus, et avant que mon lit ne soit déménagé, je pris mon courage à deux mains et me décidais à franchir le seuil. Ma déception fut grande quand je constatais qu’en fait de terrible secret, la fenêtre ne cachait rien d’autre que le mur de l’immeuble voisin, construit visiblement sans aucun respect pour les règles de l’urbanisme.