Retour à la terre

Il faisait encore nuit quand Petra ouvrit les yeux. L’excitation sans doute. Elle tournait et retournait dans le lit depuis bientôt un quart d’heure. Max grogna, elle comprit qu’il était temps de se lever pour le laisser profiter des dernières minutes de sommeil. À pas de loup elle descendit du lit par l’échelle d’acier qui desservait les différentes alcôves de la ruche. Tout était encore calme à cette heure. Les lumières rouges qui scintillaient dans la nuit balisaient le long couloir jusqu’à la salle commune. [Lire]

Lettre au marchand de temps

Monsieur le Marchand, ou peut-être est-ce madame la marchande ? Je ne sais pas comment on vous appelle dans le milieu, ni si vraiment vous existez. Il est même fort possible que je n’adresse cette lettre à personne. Est-ce que la Poste dispose d’un bureau des chimères, comme un bureau du père Noël ouvert toute l’année ? Je l’imagine comme un endroit hébergeant une armée de rédacteurs qui endossent le rôle du temps, de la mort, du succès, voire de Cupidon. [Lire]

Le dôme

Guillaume fit une grimace. La lame du coupe-chou lui avait légèrement entaillé la très fine peau autour de la pomme d’Adam. Encore un peu et il finissait égorgé. Difficile de rester concentré ce matin. Une convocation émanant directement du général n’était jamais la promesse d’un moment particulièrement agréable. Mais le ton qu’il avait employé pour faire rappliquer Guillaume était tout à fait inédit. Il y avait comme une hésitation, mélangée d’appréhension. [Lire]

Bienveillance

Bonjour Bienveillance, J’aimerais t’exposer un sujet qui me tracasse. Depuis quelque temps tu prends beaucoup de place dans les discours. On te met en avant dans les entreprises, on te flatte lors de séminaires, on loue tes bienfaits lors des diners mondains. Mais est-ce que nous t’invoquons toujours à bon escient ? Qui es-tu au fond ? Je me rends compte que, comme probablement nombre de mes contemporains, je ne te connais pas bien. [Lire]

Sombrer

Le soleil commençait à peine à se lever quand Moustache passa la chatière. Un claquement sec résonna dans la cuisine qui n’était pas encore envahie par l’activité tumultueuse du matin. Il se dirigea négligemment vers son bol de croquettes, en avala quelques-unes, plus par habitude que par réel besoin, puis se dirigea à pas de velours vers la chambre. D’un bond il sauta sur l’édredon moelleux. Il tourna sur lui-même quelques instants afin de trouver la place parfaite qui lui était due et se pelotonna dans un repli du couvre-lit, bien calé entre les pieds de Melissa et ceux de Franck. [Lire]

Échec critique

Stéphanie fit une dernière vérification de son sac. Tout y était, à commencer par son calepin qui l’accompagnait à toutes les séances. Comme elle n’était pas complètement sûre de ce qui l’attendait, elle avait naturellement choisi un assortiment de dés de quatre à vingt faces, tous rouges translucides avec les inscriptions dorées. Elle utilisait toujours ceux-là pour les soirées nouveautés. Elle les fit tourner entre ses doigts devant sa lampe du bureau. [Lire]

La route invisible

La route. On emprunte toujours une route pour aller quelque part. Et elle mène toujours autre part. Même une impasse vous conduira en son sein, peut-être chez des amis, ou dans un endroit agréable que vous aurez choisi de rejoindre. La route vous permet cela, elle dessert le territoire, tout le territoire. Comme un réseau sanguin constitué de ses routes-veines, autoroutes-artères, ou ruelles-capillaires. Mais personne ne s’arrête sur une route, ça n’a pas de sens, puisqu’il faut justement choisir dans quel sens on la parcourt et qu’on la prend pour aller quelque part. [Lire]

Directrice en hôtellerie

Sandrine poussa la porte du bar. Il y avait déjà beaucoup de monde à l’intérieur, la soirée était commencée depuis une bonne demi-heure, elle n’avait pas voulu arriver dans les premiers. L’hôtesse lui sauta dessus à peine entrée. « Bonsoir ! Bienvenue ! Tu es déjà inscrite ? — Oui, au nom de Sandrine. — Ah oui impec, fit l’hôtesse après avoir parcouru la liste sous ses yeux. Tiens voilà ton badge. [Lire]

Moustaches et ronrons

L’oiseau s’était posé délicatement sur un brin d’herbe. Pas un souffle de vent ne venait perturber les branches des arbres. La pluie des derniers jours avait détrempé le sol. De grande flaques s’étaient formées dans les graviers de l’allée. Le froid désormais se déversait dans les interstices des pierres de la façade. Les lombrics ne faisaient plus guère d’apparition au grand désespoir des oiseaux. Seule une boule de graisse piquée de graines leur permettait de subsister, devant la petite maisonnette de bois accrochée maladroitement dans les branches du prunier. [Lire]

Un jardin extraordinaire

Je ne sais plus trop si je rêve ou pas, si je dors ou pas, si je suis réel ou pas. La folie me guette. Où peut être qu’elle a déjà pris possession de mon esprit ? Je préfère écrire ce que je ressens. Les mots m’aident à fixer mes pensées. Ça me permet d’ancrer dans le réel ce qui est certainement issu de mes songes. Je dois remonter le temps aux origines de tout. [Lire]