Il pleut. Le clapotis attire mon regard au dehors. D’abord les gouttes ruissellent paresseusement en décrivant des contours et des détours, comme des serpents entre les rochers. Puis les serpents deviennent rivières et inondent ma vision. À travers ce voile, j’aperçois une feuille se détacher du prunier. Elle est immédiatement poussée vers le potager par une rafale et se prend dans les pieds de tomates desséchés. Le chat du voisin ne dort plus sur le compost, il a fuit son poste d’observation depuis longtemps et chasse maintenant les rongeurs qui confectionnent leurs nids bien à l’abri.
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Mesures et démesure
A quel point la musique influence-t-elle votre vie ? Que ressentez vous lorsque vous écoutez un morceau ? Quelles émotions vous viennent ? Est-ce que vous êtes du genre à chanter sous la douche ou en faisant la vaisselle, sans même y penser ? Ou plutôt préférez vous conscientiser cette relation particulière, en ritualisant le moment. D’abord choisir l’instant, puis le morceau parfaitement adapté, forcément à votre humeur ou à celle que vous souhaiteriez ressentir.
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À la lisière de la lumière
Mais cette fois, il n’était pas question que l’expérience échoue. La machine vrombissait délicatement sous les mains expertes de l’opérateur. Comme un gros chat que son maitre connaissait si bien après des années de caresses répétées. Le faisceau de lumière était concentré par un jeu de lentilles, de prismes et d’ouvertures.
Sans savoir pourquoi, l’homme décida de tenter une nouvelle approche. Après tout, les précédentes, peut-être bien trop académiques et convenues, avaient échoué lamentablement.
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Retour à la terre
Il faisait encore nuit quand Petra ouvrit les yeux. L’excitation sans doute. Elle tournait et retournait dans le lit depuis bientôt un quart d’heure. Max grogna, elle comprit qu’il était temps de se lever pour le laisser profiter des dernières minutes de sommeil. À pas de loup elle descendit du lit par l’échelle d’acier qui desservait les différentes alcôves de la ruche. Tout était encore calme à cette heure. Les lumières rouges qui scintillaient dans la nuit balisaient le long couloir jusqu’à la salle commune.
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Le dôme
Guillaume fit une grimace. La lame du coupe-chou lui avait légèrement entaillé la très fine peau autour de la pomme d’Adam. Encore un peu et il finissait égorgé. Difficile de rester concentré ce matin. Une convocation émanant directement du général n’était jamais la promesse d’un moment particulièrement agréable. Mais le ton qu’il avait employé pour faire rappliquer Guillaume était tout à fait inédit. Il y avait comme une hésitation, mélangée d’appréhension.
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Sombrer
Le soleil commençait à peine à se lever quand Moustache passa la chatière. Un claquement sec résonna dans la cuisine qui n’était pas encore envahie par l’activité tumultueuse du matin. Il se dirigea négligemment vers son bol de croquettes, en avala quelques-unes, plus par habitude que par réel besoin, puis se dirigea à pas de velours vers la chambre. D’un bond il sauta sur l’édredon moelleux. Il tourna sur lui-même quelques instants afin de trouver la place parfaite qui lui était due et se pelotonna dans un repli du couvre-lit, bien calé entre les pieds de Melissa et ceux de Franck.
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Échec critique
Stéphanie fit une dernière vérification de son sac. Tout y était, à commencer par son calepin qui l’accompagnait à toutes les séances. Comme elle n’était pas complètement sûre de ce qui l’attendait, elle avait naturellement choisi un assortiment de dés de quatre à vingt faces, tous rouges translucides avec les inscriptions dorées. Elle utilisait toujours ceux-là pour les soirées nouveautés. Elle les fit tourner entre ses doigts devant sa lampe du bureau.
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La route invisible
La route. On emprunte toujours une route pour aller quelque part. Et elle mène toujours autre part. Même une impasse vous conduira en son sein, peut-être chez des amis, ou dans un endroit agréable que vous aurez choisi de rejoindre. La route vous permet cela, elle dessert le territoire, tout le territoire. Comme un réseau sanguin constitué de ses routes-veines, autoroutes-artères, ou ruelles-capillaires. Mais personne ne s’arrête sur une route, ça n’a pas de sens, puisqu’il faut justement choisir dans quel sens on la parcourt et qu’on la prend pour aller quelque part.
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Un jardin extraordinaire
Je ne sais plus trop si je rêve ou pas, si je dors ou pas, si je suis réel ou pas. La folie me guette. Où peut être qu’elle a déjà pris possession de mon esprit ? Je préfère écrire ce que je ressens. Les mots m’aident à fixer mes pensées. Ça me permet d’ancrer dans le réel ce qui est certainement issu de mes songes. Je dois remonter le temps aux origines de tout.
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Cigares et nazis 2
« Alors c’est bon, t’as trouvé un cadeau pour l’anniversaire de John ?
— Euh… Oui oui bien sûr !
— Et tu lui prends quoi ?
— Eeeeeeh beeeeen… Je vais pas gâcher la surprise ! D’ailleurs je dois préparer un truc. À ce soir ! »
Je raccroche et c’est la panique. Aucune idée de cadeau. Pression maximale, créativité minimale. Voyons voyons. Il aime quoi John ? Après vingt bonnes minutes à évoquer des tours de karting, des cocottes minutes, des livres de cuisine japonaise, des albums de black metal symphonique islandais, je me dis que pour un fumeur qui passe la quarantaine, un bon cigare serait du plus bel effet.
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